Les Seigneurs de la Route

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Les Seigneurs de la Route

Message  Le Chaman le Ven 11 Jan 2008 - 15:43

Les Seigneurs de la Route, titre original, Death Race 2000.

Sorti en 1975, avec comme principaux acteurs, Sylvester Stallone à ses débuts, David Carradine, Simone Griffeth, Mary Woronov et John Landis en mécano.
Ce film retrace les péripéties d'une course à travers le monde (transcontinentale) où tous les coups sont permis. Dans une société futuriste, le sport national des US est une course de voitures où les points se mesurent au nombre de passants écrasés. Ainsi chaque participant, peut marquer des points quand il tue avec sa voiture notamment, en écrasant tout sur son passage... Les points donnés sont fonctions des gens écrasés. Vieillards, enfants, femme enceinte, etc.
Certains spectateurs iront même jusqu'à se poster au milieu de la route pour défier les bolides...
Cette course mondialement connue, comme nos jeux Olympique, est attendue chaque année avec ferveur.


De même que, jadis, la Rome Antique avait ses combats de gladiateurs, les Provinces-Unies d’Amérique ont la Grande Course Transcontinentale, une course automobile d’un genre un peu particulier où l’on marque des points en écrasant les gens. Ainsi, l’égalité des sexes n’étant pas de mise, « les femmes, quel que soit leur âge, rapportent 10 pts de plus que les hommes », les adolescents valent 40 pts, les bébés et les jeunes enfants de 12 ans et moins assurent un solide 70 pts et chaque vieillard écrasé gratifie le chanceux pilote d’un généreux 100 pts (même les officiels de la course rapportent un joli 50 pts, règle inventée en cours de course). Comme le dit lui-même le Président : « Si tu veux vaincre, tous les coups sont bons ! ».
Ainsi, perpétuant la bonne vieille tradition américaine du chacun pour soi, la violence et les coups bas sont de mise tout au long de la course entre les différents pilotes qu’anime une rivalité haineuse. Il y a Néron et son bolide décoré comme un char romain, Calamity Jane au volant de El Toro, la farouche Matilda Attila, une blonde aux yeux bleus fonçant dans une voiture flanquée d’une svastika, que le speaker présente comme une « adorable fanatique de la croix gammée » et qui beugle « Blietzkriiiiieg » à chaque hit, Mitraillette Joe Viterbo (Sylvester Stallone), étrangement attifé d’une cravate rose bonbon (une sorte d’avant-goût du n’importe quoi vestimentaire que célébreront les années ‘80), dauphin hargneux du pilote champion Frankenstein, dont il écrase les fans par jalousie, ce dernier (interprété par David Carradine) faisant figure de véritable héros national, « seul survivant du titanesque carambolage de 1995 » devant son surnom à sa monstrueuse condition, n’étant plus qu’un « ensemble de plaques de métal et d’horribles plaies », Frankenstein, « qui a perdu une jambe en 98, un bras en 99 », dont on dit qu’avec son nouveau bras articulé il serait capable de changer de vitesse en 1/20ème de seconde, de retour « avec la moitié d’un visage, la moitié d’une poitrine mais toutes ses tripes ».
En parallèle cependant, une opération anti-course est lancée « au nom de l’humanité » par quelques résistants qui luttent pour la liberté en général, et celle de ne point se faire écraser impunément en particulier, s’efforçant pour cela de pirater les retransmissions télévisées et d’éliminer les pilotes.
Comment ne pas être séduit d’emblée par un film aux perspectives aussi alléchantes ? Pas vraiment un modèle de conformisme, Les Seigneurs de la Route offre pas mal de séquences proprement jouissives que la morale tendrait plutôt à réprouver. Ainsi, chaque année, à l’occasion de la course, les hospices instaurent une « journée de l’euthanasie », durant laquelle de jolies infirmières disposent des vieillards en chaise roulante sur la route, à l’attention des pilotes. Interviewée à la télévision, l’épouse de la première victime, un malheureux ouvrier écrasé en direct, a droit à une croisière de rêve, un somptueux appartement à Acapulco et un ensemble d’éléments hi-fi vidéo dernier cri (« son octophonique ») avec lequel la veuve joyeuse pourra continuer à suivre la course.
Une jeune fan de Frankenstein, membre des « Amoureuses de Frankenstein, section St Louis », s’offre en sacrifice à son idole, pour lui apporter quelques points supplémentaires, par amour. Ses amies prendront bien soin d’immortaliser l’instant en la prenant en photo juste au moment de l’impact. Quant au Président des Provinces-Unies d’Amérique, quand il ne se repose pas dans son palais d’été à Pékin, il déclame d’édifiants discours rétrogrades depuis Moscou sur fond de musique mystique et de bannière étoilée soviétisée en rouge et or (anti-communisme contextuel oblige).
Proche de Running Man ou de Marche ou Crève (romans écrits par Stephen King sous le pseudonyme de Richard Bachman) dans les thèmes qu’il aborde, Les Seigneurs de la Route se révèle à la fois un bon divertissement et une critique acerbe et singulière, vilipendant en premier lieu les événements sportifs de grande audience et les jeux télévisés déviants. Phénomène ultra-populaire diffusé dans tous les foyers par le biais de la télévision, la Grande Course Transcontinentale met en scène des pilotes assassins que les foules fanatisées acclament sous le regard bienveillant d’un pouvoir despotique. Les yeux rivés au petit écran, le badaud guette la mort en direct et oublie du même coup de s’intéresser à ses problèmes et à son devenir.
Dans la foulée, le film n’oublie pas d’épingler les commentateurs sportifs, ici au nombre de trois : il y a Junior, l’enthousiaste hystérique et volontiers complaisant, de loin le plus horripilant de tous, Harold, le blasé, qui commente l’événement comme s’il s’agissait d’une partie de pétanque amateur en nocturne et Grace, une vieille peau démagogue qui promène son chic de rombière devant les caméras en affichant un sourire au charme glamour quelque peu périmé. Il convient de constater qu’à travers eux, les médias s’en prennent véritablement plein la gueule !
D’ailleurs, à sa sortie, le film sera descendu par une partie de la presse qui le taxera d’extrémisme, l’accusant de véhiculer des idées fascistes, comme avant lui Orange Mécanique ou, beaucoup plus tard, Fight Club. S’il se montre radical dans sa logique et son propos, sa violence s’avère pourtant plus volontiers parodique que réellement complaisante, en ce que le corrosif réalisateur Paul Bartel fait une utilisation habile de l’humour noir. Relativement bien fait et spectaculaire, rondement mené, Les Seigneurs de la Route se révèle ainsi beaucoup plus pêchu que le déprimant Rollerball (1ère mouture), sans pour autant être moins critique.
Prévoyant sans doute que son traitement satirique et mordant ne serait pas évident pour tout le monde, le film y va franchement, jusqu’à se conclure par un discours déclamé sur un ton ultra-pédagogique lancé par la séquence pré-générique : « Au sujet de la violence, rappelons que la technique de la violence est apparue pour la première fois il y a deux millions d’années. Le para-australopithèque, un anthropoïde du sud de l’Ethiopie, n’avait pour ainsi dire pas de cerveau, mais cela ne l’empêcha pas d’inventer l’outil et de s’en servir sur la tête de son voisin. Cet exercice contribuera à agrandir sa cervelle, une nouvelle arme très utile. Oui, l’assassinat fut inventé avant même que l’homme eut appris à penser ! Par la suite, bien sûr, l’homme fut considéré comme un animal doué de raison... » Unique !


Synopsis pris sur www.nanarland.com

Je vous laisse le découvrir ou le redécouvrir, notemment la conclusion du film où le journaliste de la course fait tous les éloges des principes "moraux" de cette société futuriste... (" violente, violente, c'est comme ça qu'on aime l'amérique....")

Un remake devrait sortir le 15 octobre 2008, avec pour titre "Death Race 3000". Mais cela ne vaudra sûrement pas l'original.
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